Endurance Trail Templiers – 19ème

Dori me interimo
Adapare
Dori me
Ameno Ameno
Latire
Latiremo
Dori me

Ameno…

L’an passé, j’avais eu le droit à une magnifique chanson de Neil Young dans la grotte de Dargilan pour démarrer mon périple. Cette année Era, se glisse une nouvelle fois (la 10ème) dans mes oreilles sous cette arche des Templiers. Je me souviens encore de cette première fois en 2004, où cette musique, cette ambiance m’avait rempli d’émotions et de frissons, au bord des larmes. Ce vendredi, rien ! Une vague musique, un (trop) long décompte et c’est parti… Banalité !?

20161021_131021La montée de Carbassas et son serpentin de lumières, les balcons du Méjean, le prieuré de Saint Jean de Balmes, le village de Roquesaltes, les balcons du Pompidou… tous ces lieux qui m’ont scotché, lorsque je les ai découvert pour la première fois, ne sont ce vendredi que des points de passages ordinaires… Je les passe, concentré dans mon effort mais je ne regarde plus… Banalité ?!

Et cette arrivée, franchie une nouvelle fois, presque anonymement, au milieu d’autres courses a peu de saveur. Le dossard est bipé. Une dernière main-courante (comme la prise de dossard la veille) me dirige vers le maillot et sa médaille de finisher pour satisfaire une dernière fois mon consumérisme… Fatalité ?!

Pourtant, ce vendredi, je viens de faire 100 kil et 5000D+ en moins de 13h au milieu d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco et sous une journée magnifique et soutenu par des copains… Il est où le souci ?

Peut-être dans notre sport qui nous souffle le chaud et le froid entre le banal et l’exceptionnel. Aujourd’hui, en tant qu’athlète et encore plus en tant que coach, je vois bien le grand écart permanent que nous faisons.

Sur ce week-end, j’ai dû justifier, penaud, mon addiction à aimer courir souvent, longtemps et dans toutes les conditions auprès d’un médecin parisien qui partageait le même gite que moi et qui aurait aimé courir 15’… mais il pleuvait.  J’ai dû expliquer, sans fausse modestie, à des randonneurs que ce que je faisais n’avait rien d’exceptionnel. Que c’était abordable par beaucoup de gens, peut être même par eux. Mais je n’ai pas réussi avec mes paroles à éteindre l’admiration qui semblait se dessiner. Au salon, à Millau, j’ai reçu beaucoup de remerciements et dû parfois expliquer à d’autres que j’étais vraiment content de cette 19ème place lorsqu’il attendait que je raconte un échec puisque j’étais dans les favoris au départ… Héros ou zéro selon l’interlocuteur qui est face à vous… Il faut toujours un temps de positionnement ;-).

capture-decran-2016-10-25-a-10-06-39Et face à nous même ? On reproduit le même schéma. Mon déjeuner du samedi a été en ce sens saisissant. J’avais face à moi Florence et Stéphane qui avaient fini la veille l’intégrale des Causses (65kil). C’était une succession de première fois : la distance, la durée de l’épreuve, la découverte de ce territoire des causses… Je ne voyais que des yeux qui brillaient, des sourires, des émotions et de la fierté. C’était frais, touchant. On avait l’essentiel, un moment rare mais fondateur... Et puis après ? Cette réussite, cette confiance, ce plaisir de courir va les envoyer vers d’autres envies. Ils voudront p/e aller plus loin et alors, faire un trail de 60kil ne sera plus kiffant et pourtant… Ils voudront p/e aller plus vite l’an prochain sur le même parcours mais ils auront moins de photos à me montrer ;-)). Ne pas perdre l’essentiel pour aller chercher du futil. Prévert disait

On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait quand il s’ en va.

 

et Renaud rajoutait ” c’est pas le dernier des imbéciles celui qui a dit çà…” et je suis d’accord. J’ai sû que je faisais un beau sport lorsque j’étais sur un lit d’hôpital il y a quelques années. J’ai sû que c’était un privilège de courir des heures et des heures quand je suis revenu de blessures et que j’ai fait 20′ autour d’un terrain de foot. J’ai apprécié après coup, ma déception d’une 10ème place quand deux ans plus tard j’ai fait 23ème… Et dans 2 ans, j’apprécierai cette dernière contre perf ;-). Je mesure la chance d’avoir couru sur les causses ce vendredi quand j’écris de ma morne plaine ;-).

received_10211044217371134Alors je ne sais pas ce que je dois retenir de ce vendredi. Héros ou zéro ? Extraordinaire ou banal ?  Essentiel ou futil ? Un peu de tout çà à la fois certes, mais ce sentiment quand même qu’il y a depuis quelques mois le principal :  je reviens tranquillement mais sûrement au trail, pour ce que j’étais venu chercher en 2004 à Nant.

Ameno ne me fera certes plus vibrer comme avant mais il y a une autre musique qui m’attend. Il faut toujours se créer de nouveaux challenges. Let’s go.

La trace et les résultats