Cross – La boucle est bouclée

plouay4J’ai vécu un truc extraordinaire ce week-end… Il faut que je vous la raconte ;-)). Avec mon vécu d’athlète et mon analyse de coach. Dimanche dernier, j’ai bouclé une boucle… une histoire longue de trente ans avec les championnats du Morbihan de cross.

C’est un récit basé sur une expérience personnelle (avec tout ce qu’il y a de banal à lire – mais vous pouvez l’éviter c’est en italique), C’est pourtant, je crois, une bonne illustration pour expliquer la thématique motivationnelle. Le but est de vous faire réfléchir à quel niveau d’implication vous placez aujourd’hui votre pratique de coureur à pied, traileur… sportif !

Explication ?

On démarre tous sa passion par un élément déclencheur. Le tout début. Celui qui lance la dynamique. Dans l’instant on ne l’identifie pas. Mais avec du recul, nous sommes tous capable d’identifier la première fois…la raison qui nous a poussé à accrocher le premier, puis le second dossard.

Pour moi, c’est  cross de l’école => 1985 = > un bon résultat => une invitation à venir au club local (CAS Inguiniel) => ma première licence => mon premier championnat du Morbihan à Grand-Champ (1986).

Puis ce démarrage donne de l’envie. L’envie de recommencer, de revivre l’expérience parce que c’est plaisant. On y trouve aussi de la satisfaction, on intègre un univers avec ses codes.  On s’y sent bien, on y trouve sa place. Alors on continue

Je prend une seconde licence en 1987. Je termine deuxième , toujours en Benjamin, à St Nolf. Je me fais battre au sprint par Laurent Guillemin. Je me découvre une qualité. Je me croyais nul en sport. C’est vrai pour les sports co mais je sais courir ;-))

plouay3La vocation motive. Alors je m’investis plus pour progresser. J’ai un objectif. Je veux être encore meilleur pour montrer aux autres ma force, mon talent :  La motivation est extrinsèque. C’est un but d’égo.

Comme par  »miracle », je passe en minimes un cap ! Je gagne le championnat du Morbihan Minimes à Poulgroix, Inguiniel… chez moi devant ma famille, mes voisins.  Avec quelques autres résultats cette année là et la suivante, j’ai atteint mon objectif : je suis reconnu comme un jeune et bon coureur à pied. Mon statut au collège change 😉

C’est plaisant, grisant… mais le risque de faire du sport que pour cette motivation (extrinsèque), c’est d’avoir peur de perdre et de plus exister aux yeux des autres ou pour toujours gagner, de choisir des compétitions plus faciles ou plus difficiles (pour avoir déjà une excuse de ne pas gagner, mais parader quand même par le prestige de la course) . Ce sont les buts d’évitements, ceux qui vous font garder la face mais qui au fond de vous non plus de sens…

La chance que j’ai eu, c’est d’être dans un département avec une génération dorée (Laurent Guillemin mondiaux cross juniors/Frédéric Gourmelen vice champion de France du 800m cadet, Anthony le Calvé vice champion de France cadet du 1500m, Mickael Schweitzer (15’en juniors au 5000). Dans ce contexte, tu te bouges le cul et tu ne peux pas rester en rade. La barrière est placée toujours plus haute par l’un ou l’autre. J’arrive à gagner un titre de champion de Morbihan de cross en cadet en 1992 à Auray et en 1994 en juniors au Bois du Château avec Laurent.

plouay2Au cours de cette avancée, on prend de la maturité sportive. On se rend compte que la manière est aussi importante que le résultat…en athlétisme que le temps a plus d’importance que la place. On jalonne alors sa progression avec ses propres repères et on avance avec de la motivation intrinsèque : on a des buts de maîtrise. On démarre alors un nouveau chemin où l’on fait pour soi et non plus pour les autres… çà change tout ! On travaille sur le fond, les processus…

Et lorsque l’on se retrouve, en junior 2 à  »plafonner » et voir le groupe élites France partir sans vous, ce qui me fait rester et aimer la course à pied se trouve dans cette motivation intrinsèque… J’avance moins vite mais je continue, à ma vitesse, à progresser alors je ne renonce pas. C’est aussi là, certainement qu’ à commencé mon métier d’entraîneur : en cherchant et expérimentant pour moi.

Et puis dans cette recherche personnelle, on développe et on apprend à découvrir sa valeur propre et ses propres valeurs. Par la connaissance de ce que l’on est (avec ses forces et ses faiblesses), on va chercher ses challenges, à son échelle. Une échelle qui a du sens et qui est adaptée : ni trop facile car on n’apprécierait pas le résultat, ni trop difficile pour ne pas baisser les bras.

En espoir, je gagne le titre départemental de cross (Ploemeur 1997). J’ai compris que ma progression d’adulte n’allait pas se faire sur le circuit national mais aux côtés des meilleurs coureurs départementaux et régionaux… en essayant de gratter des places aux côtés des Quilleré, Diehl, schweitzer, Cadoret and co.

plouay5Le niveau  »stabilisé », il est possible alors de penser à des rêves à moyen, long terme qui vous correspondent (avec vos valeurs, vos envies, vos aspirations), qui entretiennent la flamme et vous poussent à encore à élever votre niveau…

Le mien, c’est d’être champion du Morbihan de cross seniors. çà ne va pas de soi, mais çà me stimule. c’est aussi une aspiration forte car je ne veux pas être une ancien bon espoir qui se traîne ou disparaît en senior.  J’en ai trop vu des cas comme çà ! Je gagne en 2000 à Ploemeur devant Luc Le Pouézard.   » J’ai dit après cette course aux journalistes (à 25 ans), que je pouvais arrêter la course à pied demain…je m’en foutais, j’avais réalisé mon rêve !  » Benoit Nicolas se fout encore de ma gueule et me redit cette phrase quand je le vois. 😉 Pourtant c’était sincère. C’était mes championnats du Monde à moi. A chacun ses challenges. 😉

Passé un rêve, c’est dur de continuer à se mobiliser. Il y a deux solutions : changer de rêves en changeant de format par exemple et/ou le reproduire avec le risque que ce rêve se transforme en routine ou en stagnation puisque vous reproduisez les mêmes schémas.

Passé mon rêve en 2000, je suis à la fois partie sur d’autres rêves (le trail) mais chaque hiver je revenais avec cette motivation d’être champion du Morbihan. Et effectivement pendant 10 ans, selon les éditions, j’ai navigué entre différentes formes de motivations : pour prouver que j’étais encore bon crossman même en étant traileur (égo), d’évitement par un forfait plutôt qu’une défaite (çà m’est arrivé 1 fois), ou de maîtrise (en me disant de faire le cross pour refaire avant tout de la vitesse pour progresser en trail quelque soit le résultat). Mais au final, je n’ai pas progressé d’un centimètre en 10 ans. Je reproduisais un schéma.

plouay6Pour vouloir progresser encore au delà du rêve et sur le même registre,  il faut passer le niveau supérieur, c’est la quête… c’est quelque chose qui vous aspire tout entier. Vous y mettez toute votre  »carrière » sportive. Elle ne vient pas spontanément à vous cette quête, mais quand elle s’affiche vous vous rendez compte que vous avez déjà fait un bout de chemin. Il reste à le finir ! Ce week-end, je croise un traileur à l’echauffement. Je lui demande sa prochaine course. Il me dit un marathon. Son 52ème me dit-il … pour ses 52 ans ! çà c’est une quête qui se présente p/e sous forme d’opportunité cette saison mais les 50 premiers marathons ??? Il y a bien une aspiration profonde derrière çà.

Pour moi, en 2010, je gagne, par accident , mais avec plaisir mon second titre senior de champion du Morbihan de cross à Hennebont. La question se pose alors de poursuivre ou pas. Il n’y a alors qu’une chose qui me vient à l’esprit : Je dois boucler la boucle en 2015 en vétérans, ce qui me permettra d’avoir un podium dans chaque catégorie depuis Benjamin et un titre depuis minimes. De finir une carrière de 30 ans de cross, de m’inscrire dans la durée et la performance (à mon échelle de valeur, je le rappelle).

plouay1Alors vous comprendrez pourquoi dimanche dernier j’étais chargé d’une émotion forte. Je crois avoir vécu l’un de mes plus beaux moments sportifs. A vrai dire pas par ma victoire en vétéran qui est une breloque de plus, mais bien pour le sens que cette victoire donne à toute cette quête de 30 ans. Cette émotion je la garderai pour moi, elle dépasse évidemment le champ sportif. Elle est liée aux lieux, à des hommes et des femmes présents ou pas dimanche dernier, à des valeurs, à des idées, elle est mienne !  Laurent (Guillemin m’a dit ceci sur mon FB, dimanche soir :   » Tu avais qu’à le dire il y a 28 ans que tu voulais gagner dans toutes les catégories ! désolé de t’avoir battu au sprint en benjamin 2,… » Y’a 28 ans Laurent, mes motivations étaient autres. Je ne pourrais plus les qualifier mais elles étaient plus sommaires. ;-)).

A la fin d’une quête, il n’y a plus rien… il faut se trouver de nouvelles envies, objectifs, rêves, aspirations… quêtes.  Mais pour cette dernière, c’est un travail de longue haleine. Je ne sais pas si j’en terminerai une autre. Mais aujourd’hui, j’ai le coeur léger. Le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien dans ce domaine. Je ne ferai plus les championnats du Morbihan de cross, car il n’y aura plus de sens, d’envies. Je peux à présent me consacrer à d’autres choses, pleins d’autres choses sportives, à pied, à vélo…

Et vous où en êtes-vous de votre pratique ? Dans un contexte où il faut dégainer sa carte bancaire, être l’heureux gagnant de la loterie, avoir fait…. pour exister dans le peloton, il me parait intéressant de se poser cette question. Pour ne pas se la poser sur un caillou au milieu de la nuit en montagne, pour ne pas faire comme les autres… Regardez votre calendrier 2015 avec cette grille de lecture. çà peut vous aider à trouver le sens, votre sens !

Sachez enfin , mais je pense que vous l’avez compris, que plus vous placez haut votre niveau d’implication dans les strates évoquées, plus votre motivation est forte et durable. Plus le résultat est magnifique et marquant. Mes 10 plus grands souvenirs sportifs sont issus de 9 rêves accomplis… et une quête ! ;-).

A très bientôt.

 Crédit photos : Jean Claude Le Boulicaut – Ouest France. Reproduction interdite

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